Nous tous et la Terre

Pour approfondir : Nous tous & la Terre, l’Anthropocène

Quels sont les 4 piliers de votre méthode scientifique ?

Il y a une méthode, voilà, que j’ai proposée pour écrire ce livre, et qui repose sur 4 piliers : 

Le premier pilier 

C’est partir de la terre et du fonctionnement de la terre, avec une logique particulière dans son fonctionnement : le système Terre avec des logiques de tipping point, de point de bascule, des logiques non linéaires.

Le deuxième pilier

C’est travailler à partir d’une base de données constituée de milliers d’articles, et puis des consensus scientifiques sur le climat, la biosphère, etc…

Le troisième pilier

C’est peut-être le plus important : c’est partir de nos vies, partir de la vie des gens pour pouvoir permettre de comprendre. 

Le quatrième pilier 

C’est comprendre mais, aussi, surtout, ressentir ce qui est devant nous, si l’on reste sur la même trajectoire climatique. 

Selon les projections des scientifiques, certaines zones du globe pourraient être dépeuplées

Alors, si nous restons sur la même trajectoire climatique, de fait, ce à quoi nous avons à faire en ce moment, c’est à une annihilation biologique, sans précédent dans l’histoire du vivant. Je reprends texto des termes de trois grands biologistes ! Et toute la question, ou peut-être tout le fantasme, c’est de se dire :

“Mais est-ce qu’on peut continuer à vivre, sur une planète dépeuplée ?”… C’est-à-dire, “est-ce qu’on peut reconstituer une biosphère qu’on maîtriserait ?” 

Non, en fait – l’ensemble des expérimentations nous le montre ! Et puis les fantasmes d’Elon Musk sont juste des stratégies de com !

Bien que nous soyons informés, nous n’agissons pas : pourquoi ? 

Moi, comme enseignant-chercheur, je vois les choses de ma place. Et de ma place, je constate combien on ne sait pas. C’est-à-dire, globalement, on sait que c’est le bazar. On sait que, eh bien oui, à priori, c’est dangereux, ces affaires de climat… sans comprendre avec précision les interactions entre : le climat, dont le processus principal est l’emballement / l’effondrement des écosystèmes de la biosphère / l’accélération de nos sociétés / la façon dont ça fragilise la vie humaine en société. Et y a une étape particulièrement importante : c’est comprendre jusqu’au bout ce qui est en train d’advenir. 

C’est la fragilisation du socle même qui “permet nos sociétés”, nos civilisations… qui sont encastrées dans les écosystèmes de la biosphère et qui sont tributaires d’un climat stable et prévisible !

En fragilisant cet équilibre entre les écosystèmes de la biosphère et le climat, de fait, nos sociétés n’ont plus de socle qui leur permet de tenir.

Et pourquoi c’est si important de savoir et de comprendre, pour ensuite parvenir à “désirer l’indésirable” ? L’indésirable [à désirer] , c’est quoi ? Mais c’est la limitation !  C’est-à-dire, qu’à un moment donné, nous prenions nos responsabilités, pour fonder dans la loi ce qui va “contraindre nos activités”.

La décroissance serait donc selon vous, une solution ? 

Alors, la décroissance, de mon point de vue  – donc moi ma socialisation, c’est une socialisation scientifique et biogéophysique.-  là, vous parlez de limitation. La décroissance est une évidence biogéophysique : [car] la croissance est un fantasme, d’un point de vue biogéophysique. Si nous voulons contenir l’emballement du système Terre, c’est la seule chose qui permet de pérenniser les sociétés ! La décroissance est une évidence.

Et nous devons décroitre de combien ? 

Eh bien, en fait l’empreinte environnementale d’un Français, aujourd’hui, c’est de 9 tonnes équivalent CO₂ par an. On doit arriver à 2 tonnes. Et ça veut dire diviser par 4,5. Aujourd’hui ça, c’est corrélé au niveau de revenu des personnes. Le salaire médian en France, c’est 2500€, donc ça veut dire arriver à diviser par presque 5 le salaire médian. 

Dit comme ça, on pourrait se dire : “en fait, ça ne passe pas”. Oui, ça ne passe pas, c’est la raison pour laquelle il faut s’arrêter ensemble, accepter de demeurer dans cette impuissance fondamentale, pour se dire : “mais comment on va réinventer le monde de telle sorte qu’il permette la vie ?”

Ce livre* est, selon vous, le plus important que vous ayez écrit, pourquoi ? [*2049 : ce que le climat va faire à l’Europe]

Parce que c’est la première fois, je dirais, que j’arrive à transmettre ce que je vois quand je suis en train de travailler, et où j’arrive à sortir de mon trip… 

On va dire d’un trip de personne qui est passionnée par l’Anthropocène, sa datation, etc., un trip de chercheur, pour vraiment partir de nos existences et puis rendre sensible ce qui est en train d’advenir. 

Il ne s’agit pas simplement de comprendre les savoirs, il ne s’agit pas de les héberger dans nos têtes… Mais dans nos cœurs, dans nos tripes, au nom de la promesse qu’on a faite à nos enfants que la vie vaut d’être vécue. Et pour ça, il faut comprendre, pour avoir suffisamment de force pour pouvoir réinventer nos sociétés.

Prochainement sur le blog, le couple électif :

« Le Couple électif et l’Anthropocène »

Pour en savoir plus, plongez-vous dans l’excellent livre de Sylvie Barth, autrice, conférencière et spécialiste du couple, et vous y trouverez le trésor qu’est le couple électif. Avec “Créer son couple quand la planète crie”, elle nous propose un livre engagé et vivant pour poursuivre cette plongée dans le couple électif !

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Transcription réalisée par :

L’Encrier de l’Atelier

Rédacteur Web Freelance

​​​✉️​ lencrier.delatelier@gmail.com

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